15.06.2006

La Réunion « lé mobile » ? partie 1

medium_Nuage_202.2.jpg

Ne voyez pas dans ce titre une évocation subliminale colorée, non non… voyez-y plutôt un des thèmes clés de la jeunesse réunionnaise.
En effet, dans une île flirtant avec des taux de chômage aberrants et un manque de prises en charge du jeune par l’entreprise, la mobilité s’impose comme la pierre angulaire de tout un système.
Tout d’abord, la mobilité pourquoi ?
Pour diverses raisons, me répondrez-vous, la réponse normande n’a jamais été aussi à la mode que depuis l’apparition de la mobilité comme solution à tous les problèmes d’une jeunesse désorientée. Il faut savoir que certains cursus universitaires ne sont pas envisageables sur place (non existants), c’est donc pour cela qu’il est obligatoire d’être mobile pour continuer dans sa lancée.
Ensuite, à force de flirter avec le chômage, et la mauvaise foi de certaines entreprises (et politiques ?) certains en deviennent cocus, la mobilité devient alors une sorte de joker, un pass pour la réussite.
Oui… mais où partir ? et pourquoi ?
Le boulot, le stage, la formation ou le cursus trouvé ailleurs correspond-il à mes espérances ? suis-je fait pour vivre ailleurs ? et mes dalons ? et ma famille ?
Il est vrai que les questions ne manquent pas et que la préparation et la décision d’un éventuel départ peuvent parfois prendre les airs d’un véritable parcours du combattant (voire d’un safari…).
Alors, ne nous affolons pas, relax. Prenons une carte et pointons tout d’abord la Métropole « France ». Bienvenue au « Pays des Droits de l’Homme », au « Pays des Lumières ». malgré ces termes plutôt flatteurs, un jeune réunionnais arrivant en Métropole peut d’emblée être désarçonné par l’accueil qui lui est réservé… (Maman, c’est quoi un Bougnoule ???). Eh oui, grosses désillusions dans pas mal des cas, le racisme et les discriminations en tous genres sont au rendez-vous. Ensuite, problèmes de refus de caution pour le studio… On trouve aussi des foyers, oui un foyer c’est bien, mais on a plus l’impression d’être dans un « camp de concentration pour Dom-Tomiens ».
Bref, c’est pas grave, le courage prend le dessus et je m’installe enfin, et là ? Oui, là ? Ben là, deux solutions, la formation me correspond, bien que totalement décalée avec ce que j’aurais pu imaginer, je bosse, je trime (c’est bon pour la réussite figurez-vous). Et la fin de cette mémorable expérience ? Je rentre au pays ? Euh, oui, c’est bien cool. Mais personne ne veut de moi, on m’a « expulsé » alors pourquoi me reprendrait-on ?
Alors je trouve un boulot sur place et me voilà devenu un véritable exilé, un vrai de vrai, arraché de mon île par manque de solutions locales, je me fais à l’idée que la place manque à la Réunion, je ne comprends toujours pas bien pourquoi je suis prof en Seine-Saint-Denis et que tous mes anciens profs sont métropolitains (hum… retraite dorée ? fuite des cerveaux ?).
Revenons maintenant à la seconde solution. Ma formation n’a rien donné, beaucoup de sorties entre potes Dom-Tomiens, je rentre au pays avec sur mon cv la mention « expérience en Métropole ». Drôle d’expérience pour une finalité similaire à un retour à la case départ.

Bon, je l’avoue, assez caricaturale, la description, et sûrement pas complète, oui, mais dans cette aventure à la Zola, une part de vérité apparaît et certaines questions deviennent alors gênantes.
Primo, pourquoi y a-t-il un tel décalage entre la réussite promise et vantée par tant d’organismes locaux, et la vérité saisissante que les jeunes trouvent en Métropole ?
En effet, à travers tant de slogans rêveurs, n’y a-t-il pas une volonté de faire partir le plus de jeunes possibles pour masquer voire déplacer le problème du manque d’emplois, de formations et de volonté locale.
Secondo, pourquoi, notamment dans la branche de l’enseignement, n’y a-t-il pas de retour logique des jeunes fonctionnaires à la Réunion ? Préfère-t-on un jeune métisse prof en banlieue qui donne un effet plutôt tendance et surf sur la vague de l’intégration plutôt qu’un métropolitain donnant une image vieillotte à des jeunes en difficulté ?
La Réunion, paradis de la retraite dorée ? Une douce odeur de colonialisme viendrait-elle titiller les narines d’une vieille gauche bien pensante ? Se donnant le monopole de la transmission du savoir ?... Le débat est ouvert.
Bien que pessimiste, la mobilité vers les cieux métropolitains n’aboutit pas toujours à un échec. Il faudrait tout simplement établir sur le plan local « une prépa-mobilité », sorte de charnière entre la fin d’études ou d’emploi à la Réunion, et l’installation en Métropole.
En effet, sur la base d’une année scolaire, ne serait-il pas intéressant de former le jeune, de le renforcer, pour pouvoir relever le défi de la mobilité ? Préparation passant par le témoignage de jeunes ayant tenté l’expérience, intervention de chefs d’entreprise métropolitains, stages en entreprise pour une découverte du monde du travail afin d’éviter le décalage une fois arrivé en Métropole, apprentissage d’un nouveau mode de vie et accompagnement personnalisé et non assisté du choix de la formation, du domaine de l’emploi ou du cursus que le jeune prêt à la mobilité va choisir. Vos réflexions sont nécessaires pour alimenter le débat.

Comme vous le savez, le monde ne se résume pas à la « France », et de facto la mobilité non plus. La piste du Canada ou de l’Australie sont à étudier de très près, êtes vous prêts pour une nouvelle aventure ? La suite dans le prochain épisode…

Résumé de cette première partie :

• La mobilité pour qui ?
Jeune étudiant, stagiaire, jeune en difficulté, chômeur.

• La mobilité pourquoi ?
Acquisition de nouvelles compétences, nouvelles visions d’un système, retour gagnant à la Réunion, choix de l’exil, cursus non disponible localement.

• Les risques

Formation non adaptée, décalage avec la réalité, mauvaise intégration, fuite des cerveaux.

La note : 7/20
Mention : pas assez d’informations concrètes et de prises en compte de la réalité au niveau local et de l’importance de la notion de mobilite.

11.05.2006

En préparation

Afin de promouvoir le dialogue, des interviews sont en préparation, notament avec des élus locaux et nationaux

La Réunion vous présentes sa Blogosphere